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11 octobre 2023

Être gestionnaire : Parfois ça fait peur !

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Photo by Samuel Bryngelsson on Unsplash

 

La fin de semaine dernière, comme nous le faisons depuis maintenant 7 ans, les cinq mousquetaires se sont réunis au chalet de Mélissa. En fait, nous sommes cinq amis du CEGEP qui avons gardé contact et qui chaque année, passons une journée ensemble.

 

Bien que nous ayons chacun une vie personnelle bien différente, notre vie professionnelle présente un point commun : nous sommes tous gestionnaires !

 

Pour la première fois, c’est l’aspect professionnel qui occupa la majeure partie de nos discussions. La question principale à laquelle nous avons consacré le plus de temps était :

Qu’aurais-je aimé savoir AVANT de devenir gestionnaire ?

 

Nicholas fut le premier à s’exprimer :

 

- Je suis gestionnaire par défaut. C’est un accident. Il n’y avait personne d’autre.

 

Tout le monde s’est mis à rire. Nous connaissions tous le caractère spontané de Nicholas et son franc parler.

 

- La compagnie où je suis, a connu une croissance tellement rapide qu’on a dû rapidement embaucher de nouvelles équipes de travail et … bon … je fus nommé gestionnaire !

 

J’ai donc été parachuté à ce poste, sans aucune préparation et sans savoir à quel point c’était difficile. Mon cerveau a travaillé tellement fort que je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à perdre mes cheveux !!

 

Ce que j’aurais aimé savoir avant d’être nommé à ce poste ? On aurait dû me dire que je devenais responsable d’une garderie !! Ce n’est pas croyable comme les employés sont parfois bébés ! Ils ont toujours des problèmes … ne sont jamais contents … et chiâlent sur tout !!

 

Il y eu plusieurs regards complices dans le groupe. Bien sûr, il n’était pas question de placer tous les employés dans le même panier, mais chacun de nous reconnaissais à quel point la gestion des personnes difficiles faisait partie intégrale des défis de la tâche de gestionnaire.

 

Ce fut ensuite le tour de Chloé de donner son opinion. Mère de trois enfants, elle était retournée au CEGEP après cinq ans sur le marché du travail. Elle était donc la plus âgée des mousquetaires. On la considérait comme la maman du groupe.

 

- Nicholas parle de garderie. Je dirais, moi, qu’être gestionnaire est comparable au rôle de parent.

 

De même qu’il n’y a pas de cours pour apprendre à devenir père ou mère, je pense que la formation pour devenir gestionnaire ne reflète pas la réalité de ce que nous vivons au quotidien. Il y a un « clash » terrible entre la théorie et la pratique.

 

Oui, nous sortons de l’école avec de solides connaissances académiques. Mais pour appliquer tous ces principes, nous avons surtout besoin de compétences relationnelles et de qualités humaines personnelles.

 

Je parle de compétences relationnelles parce que nous devons interagir avec d’autres êtres humains qui sont parfois très différent de nous. Ce n’est pas toujours facile de faire marcher tout ce beau monde dans la même direction.

 

Le même principe s’applique au rôle de parent. Les enfants sont tous différents. Et pourtant la famille doit évoluer ensemble.

 

Aussi, le parent a la responsabilité de faire avancer ses enfants. Pour ce faire, il doit les guider et les stimuler. Au travail, le gestionnaire fait face à la même réalité. Il doit gérer et inspirer ses employés. Et comme à la maison, beaucoup de ses décisions seront discutées, critiquées et contestées.

 

Dans les deux cas, il y a cependant une obligation de résultat. Au-delà de vouloir la satisfaction de ceux dont ils ont la responsabilité, le parent et le gestionnaire doivent remplir leur rôle et atteindre leurs objectifs. Cette impression d’être toujours entre l’arbre et l’écorce est parfois inconfortable pour moi. À cause de cela, je me remets souvent en question.

 

Personnellement, je dirais qu’il faut être courageux pour devenir gestionnaire. Et comme c’est le cas pour le parent, le gestionnaire doit avoir en réserve une bonne dose d’humilité.

 

Les hochements de tête furent nombreux. Des yeux approbateurs se croisèrent.

 

Mathieu prit ensuite la parole. Il était le plus jeune du groupe. En raison de son intelligence, Mathieu avait sauté quelques années du primaire et du secondaire. Dès sa deuxième année de travail, ayant eu l’occasion de démontrer ses compétences à diriger quelques projets spécifiques, l’entreprise lui a confiée un rôle de gestionnaire.

 

- J’ai été nommé gestionnaire après la réussite de deux mandats. J’avais l’impression ensuite que je méritais un poste de direction. Non seulement pour le prestige associé au titre, mais également parce que j’avais envie de relever des responsabilités de plus en plus grandes.

 

Je me voyais de retour à la maison plus tôt dans la journée. Je m’imaginais partir fréquemment en moto avec mon amoureuse. Je croyais pouvoir prendre plus souvent de longues vacances. Bref, profiter davantage de la vie.

 

Je dois cependant avouer que la réalité est très différente de ce que j’avais imaginé.

 

En effet, j’ai assez rapidement pris conscience que le prestige de mon poste se limitait souvent au titre sur ma carte d’affaires. À cause de mes nouvelles responsabilités, j’ai l’impression que mon travail me suit comme mon ombre.

 

Même si je ne suis pas sollicité directement par les autres, ma tête reste branchée sur le travail. J’y pense tout le temps. Même la nuit.

 

Des sourires compréhensifs apparaissaient sur les visages. Mathieu poursuivit :

- Je vis avec la pression qu’exercent sur moi mes patrons, à travers les objectifs à atteindre, les échéances à respecter, les analyses à faire, les décisions à prendre, les employés à motiver et à superviser … et tout cela malgré le nombre impressionnant d’imprévus qui surviennent à longueur de journée !

 

Attention, j’aime mon travail. J’aime être dans le feu de l’action. J’aime la pression. Et je suis partant pour faire des heures supplémentaires. Pourtant, je ne croyais pas devoir maintenir ce rythme tout le temps. Même si je ne suis pas certain d’avoir pu en comprendre l’ampleur, j’aurais aimé qu’on me dise qu’être gestionnaire, c’est très intense. J’avoue que je n’arrive pas encore à bien concilier le travail avec ma vie personnelle.

 

Mélissa prit ensuite la parole. Travaillant dans l’entreprise familiale depuis déjà quelques années, elle était considérée comme la relève de son père, déjà en phase pré-retraite.

 

Le fait qu’elle soit née dans le milieu des affaires l’avait probablement préparé à plusieurs réalités. Elle savait par exemple qu’elle devait se faire une place en tant que Mélissa et non pas comme « la fille du boss ». Elle savait également qu’elle deviendrait patronne de gens plus âgés qu’elle.

 

Mais s’il y avait une chose qu’elle aurait aimé entendre plus tôt, était le fait qu’elle n’avait pas à tout, tout savoir, tout de suite.

 

- Je n’en ai parlé à personne au début. Mais je souffrais de ce qu’on appelle le syndrome de l’imposteur. Car il m’arrivait très souvent qu’on m’interroge sur des choses que je ne connaissais pas vraiment. Cela m’angoissait

 

En vérité, cela m’arrive encore aujourd’hui. Mais, je comprends désormais qu’il est impossible de toujours tout savoir. Alors que je voyais une pyramide avec le gestionnaire assis tout en haut, je considère maintenant qu’il s’agit plutôt d’un cercle réunissant une équipe d’experts, chacun dans leur spécialité respective.

 

Je suis donc aujourd’hui plus à l’aise de travailler en équipe et de poser des questions. Il m’est aussi plus facile de déléguer.

 

L’image de la pyramide et du cercle fit l’unanimité auprès de tous. Nous en reconnaissions la justesse.

 

Finalement, ce fut au tour d’Alexandre. Il était, parmi les cinq mousquetaires, non seulement le gestionnaire le plus expérimenté mais également le plus zen. On disait de lui qu’il avait une vieille âme. Aussi, tout le monde lui reconnaissait un énorme talent de vulgarisateur.

 

Il commença son commentaire en disant qu’il s’était reconnu dans le discours de chacun.

 

- J’ai l’impression que tout ce qui a été dit me correspond aussi. Je trouve même rassurant le fait que nos expériences soient si similaires.

 

Puis, il nous confia qu’il avait récemment assisté à un séminaire sur le mentorat de nouveaux gestionnaires. Le thème était : « Les meilleurs conseils à donner au gestionnaire-débutant »

 

- Voici les conclusions de ce séminaire. Selon la majorité, voici les quatre meilleurs conseils :

 

Apprend l’histoire de l’entreprise où tu travailles

  • Tu dois parfaitement en connaître la mission et la vision. Tu dois savoir le problème qu’elle vient résoudre chez ses clients, son but, sa fonction. Car toutes les actions du service que tu diriges, doivent être parfaitement en ligne avec sa raison d’être.

Comprends la place que tu occupes dans cette entreprise

  • Tu détiens un poste clé. De la même façon que chacune des notes de la gamme est indispensable à l’harmonie d’une pièce musicale, ton poste est nécessaire à la réalisation de la mission et de la vision de l’entreprise. Fais en sorte que les membres de ton équipe sachent à quel point ils sont importants dans la structure de l’entreprise.

 

Exige la clarté dans tout ce que tu fais

  • N’accepte que des mandats clairs. Ne distribue que des tâches claires. Prends soin de communiquer clairement les objectifs et les stratégies. Établis clairement les priorités. Valide la compréhension de tes demandes. Il faut toujours que ce soit clair.

 

Communique. Communique. Communique.

  • La communication est l’élément qui t’aidera le plus dans ton travail de gestionnaire. Le manque de communication est l’élément qui te nuira le plus. L’information venant d’en haut doit être communiquée. Celle qui vient d’en bas doit être transmise à ceux qui sont en haut … jusqu’à ce qu’il y ait une réponse aux questions posées. Bien entendu, cette réponse doit ensuite être communiquée !
  • Pour que les employés s’intéressent et s’impliquent à la réalisation de tes objectifs de gestionnaire, tu dois aussi les écouter et tenter de comprendre leur réalité. S’ouvrir à leurs difficultés, c’est aussi s’ouvrir à leurs commentaires et à leurs suggestions d’amélioration.
  • Si tu sèmes une communication sincère et honnête, tu récolteras la même chose en retour. Tu diriges des êtres humains, sensibles aux valeurs avec lesquels tu agis. Communique régulièrement ton appréciation des bons coups. À plus ou moins long terme, les employés comprendront que c’est d’abord avec des résultats positifs qu’ils attireront le plus ton attention.
  • En résumé, le temps que tu prends à communiquer avec les membres de ton équipe, tu le gagneras cent fois en compréhension, en collaboration et résolution de problèmes. Une communication claire et régulière crée toujours un environnement propice à l’alignement des objectifs, à la coordination des efforts et à l’atteinte de résultats concrets.

 

Conclusion : nous observions que les meilleurs conseils concernaient surtout l’aspect humain de la grande aventure d’être gestionnaire. Nous comprenions aussi qu’à ce niveau, jamais le gestionnaire ne pourrait être remplacé par la technologie.

 

Oui, il est difficile de gérer des êtres humains. Mais nous reconnaissions finalement tous que c’était justement cet aspect humain qui permettait de retirer autant de satisfaction de notre rôle de gestionnaire.

 

La rencontre des cinq mousquetaires de cette année, aura une fois de plus mis en valeur la beauté de ces cinq merveilleux humains qui dirigent d’autres êtres humains. En avançant dans la vie, ils sont tous passés de la peur du monstre caché sous le lit, à la joie d’une équipe qui progresse et qui réussit.

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